Vous aussi vous avez tendance à vouloir tout faire de la manière la plus parfaite possible ? Quand il s’agit d’arriver à la meilleure version possible de son roman, nous sommes plusieurs à nous acharner littéralement sur notre manuscrit. Et pas toujours dans le bon sens.
Avec un soupçon de paranoïa, les réécrivains les plus pointilleux passent chaque phrase, chaque mot au laser : « Est-ce que ce n’est pas trop fade ? » « Cette phrase à l’air bizarre… », « Zut, qu’est-ce que c’est maladroit ! ». A la longue, vous pourriez vous retrouver à modifier de manière compulsive tout ce qui ne trouve pas grâce à vos yeux. Ce qui peut faire durer une réécriture pendant des semaines voire des mois, le plus souvent au-delà de la date limite prévue.
Même si ces craintes sont fondées à ce stade (après tout, c’est votre dernière chance de perfectionner votre livre avant sa publication), force est de constater que la satisfaction n’est pas toujours au rendez-vous. Pire, vous pourriez ressentir du découragement ou de la culpabilité. Ou, comme moi, vous sentir carrément « nul(le) » à côté de ces auteurs qui écrivent et finalisent leurs roman en trois mois top chrono. Bref, vous vous condamnez à ne jamais être satisfait(e) de ce que vous écrivez et de la manière dont vous le faites. Le risque est de taille : celui d’abandonner purement et simplement votre projet devant des attentes trop élevées.
Ne nous méprenons pas, être perfectionniste a indéniablement ses bons côtés : le souci du travail bien fait, d’un résultat « parfait », ne laisse pas de place à l’à-peu-près ou à la négligence. Un auteur perfectionniste sera plus apte à apprendre de ses erreurs et à accepter d’opérer les changements nécessaires à améliorer son manuscrit, car il tient à offrir à ses lecteur un chef d’œuvre bien travaillé qui méritera leur temps et leur attention.
Imaginez l’inverse : un auteur moins exigeant sur ses écrits aura plus tendance à minimiser l’importance des modifications à apporter, par « flemme » ou autosatisfaction mal placée. Même si l’on aimerait parfois être débarrassé de son perfectionnisme à force d’être mené sans cesse dans ses derniers retranchements, ce trait de caractère nous incite à chercher constamment à tirer le meilleur de nous-mêmes. Il peut créer de la frustration mais en même temps la fierté de savoir qu’on progresse. Le perfectionnisme peut représenter un atout si vous savez vous en servir en tant qu’écrivain.
Si, par contre, votre perfectionnisme en tant qu’écrivain est devenu maladif au point de vous gâcher la vie (ce que je peux comprendre), je vous recommandecet article, où je détaille mes meilleures stratégies anti-perfectionnisme.
Alors comment apprivoiser ce trait de caractère pour qu’il vous serve au mieux, c’est-à-dire qu’il arrête d’être une faiblesse ou un frein à votre créativité ? Voici quelques gestes à respecter en écriture et en réécriture pour dompter votre perfectionnisme et éviter de vous décourager en chemin.
A- Pendant l’écriture du premier jet
1- Ne revenez pas en arrière
Ne faites aucune forme de réécriture ou de correction tant que votre première version n’est pas terminée (voir article boucler son premier jet). Par terminée, j’entends que vous avez enfin apposé le mot « FIN » (ou « à suivre » si vous taffez sur plusieurs tomes) à votre roman. Avant cela, évitez absolument de revenir sur les chapitres précédents.
Ce faisant, vous vous épargnerez la charge mentale de garder à l’esprit tout le travail de correction qu’il y aura potentiellement à effectuer sur votre roman. En évitant de vous relire, votre esprit sera plus clair et concentré sur la tâche en cours : l’écriture.
Un second avantage est que cela vous permet d’oublier votre manuscrit (du moins les chapitres les plus anciens) et ainsi d’entamer inconsciemment la première étape de votre réécriture à venir : la prise de recul.
2- N’attendez pas de trouver le mot juste
Vous peinez à trouver le mot exact pour exprimer une idée dans une phrase ? Vous avez des recherches à faire pour mieux expliquer certains aspects d’une description ? Plusieurs alternatives sont possibles pour vous éviter de perdre du temps sur ces vides :
– Mettez un signe ou des pointillés à la place (ma méthode, en surlignant les pointillés si besoin) ;
– Ecrivez ce que vous avez en tête à ce moment-là (ex. ‘’insérer adjectif plus parlant exprimant le caractère détestable de X personnage’’).
– Paraphrasez ce que vous avez à dire (et surlignez la paraphrase pour vous rappeler de reformuler plus tard).
Ensuite, ne revenez sur ces vides qu’au moment de votre réécriture, lorsqu’une vision d’ensemble vous permettra de trouver plus facilement le mot ou l’expression adéquate pour chaque espace laissé.
3- Gardez en tête qu’il s’agit d’un brouillon
Oui, d’un brouillon. Le mot est un peu dur et il a sûrement dû vous faire tiquer. Mais ne vous en faites pas, l’idée n’est pas que votre livre soit bon à jeter. Je veux dire par là que vous n’avez pas à vous prendre la tête lorsque vous écrivez votre premier jet. Ce n’est ni le moment, ni la meilleure chose à faire ; la relecture et la réécriture sont là pour ça. Lâchez prise, acceptez d’être médiocre et contentez-vous à ce stade de dérouler le contenu de votre livre tel qu’il vous vient, sans vous juger, ni tenter de vous corriger. De nombreux écrivains en herbe vous le diront : c’est le meilleur moyen d’aller jusqu’au bout de votre roman en évitant les blocages liés à l’écriture.
B- Pendant la réécriture
1- Ne vous battez pas sur tous les fronts
Inutile de s’occuper dans le même temps de vos descriptions, personnages, dialogues, de l’intrigue, des fautes de forme, du vocabulaire, etc. Vous pensez peut-être en finir ainsi plus rapidement avec votre réécriture. Pourtant, c’est le meilleur moyen de vous disperser et de rater des éléments importants parce que passés inaperçus, car impossible d’aller véritablement au fond des choses en employant cette technique généraliste.
Si vous souhaitez voir votre livre complètement transformé par une réécriture qui sera allée au fond des détails de votre livre, la meilleure stratégie reste d’attaquer un problème à la fois. Vous gagerez énormément de temps et d’énergie en faisant chaque chose en son temps et en vous concentrant sur une action principale à la fois.
2- Prenez du recul et du repos autant que nécessaire
Inutile de réécrire en ayant continuellement le nez dans le guidon, les yeux gonflés par la fatigue oculaire. En réécrivant en état de fatigue, vous courez le risque de n’arriver à aucun résultat satisfaisant et de devoir reprendre dans de meilleures conditions. Une perte de temps et d’énergie qu’il vaut mieux éviter. Abordez donc toujours votre réécriture dans un état de disponibilité enthousiaste et de détente. Je n’encourage pas ici le fait de sécher vos séances de réécriture lorsque vous n’êtes pas motivé(e), mais vous avez compris l’idée.
3- Suivez un plan cohérent et bien établi
La réécriture est un art méthodique qui demande le respect de plusieurs étapes dans un ordre particulier. Cela évite de devoir revenir plusieurs fois sur le même aspect ou de se perdre tout bonnement dans tout ce qu’il y a à vérifier ou modifier. Toujours commencer par modifier le fond avant la forme est un exemple de règle à respecter pour effectuer une réécriture efficace. Si vous avez besoin d’un plan structuré qui vous permettra de tout prendre en compte dans le bon ordre pendant votre réécriture, vous pouvez consulter cet article qui en parle de long en large ou obtenir ma check-list détaillée en pdf en vous inscrivant à la newsletter du site.
En suivant ce procédé, vous pouvez y aller à fond et laisser libre cours à votre perfectionnisme autant que vous le voudrez… à condition de vous en tenir à l’objectif de chaque étape !
4- Provoquez votre satisfaction envers à votre manuscrit
Vous avez toujours du mal à vous contenter de la qualité de ce que vous avez écrit ou réécrit jusque-là ? Vous pensez encore une fois (parfois à tort) que tout est à reprendre depuis le début et cette idée vous mine ?
J’ai été confrontée au même problème lors de la réécriture de mon premier roman et je n’y connais qu’un seul remède. Dans mon cas, cette solution m’a offert un véritable soulagement, m’a permis d’éviter un travail supplémentaire considérable et d’enfin réaliser qu’il y a beaucoup moins de passages à changer que je ne le pense.
Alors, il devient essentiel pour vous d’attaquer une étape essentielle en réécriture, si vous ne l’avez pas encore fait : mettre votre manuscrit en bêta-lecture et obtenir des retours constructifs. Vous pouvez très bien le faire avant votre réécriture, ou alors après une première relecture qui rendra votre manuscrit plus lisible pour vos bêta-lecteurs. Misez sur au moins 3 à 5 avis de lecteurs différents, de préférence des bêta-lecteurs qui ont des affinités avec le genre dans lequel vous écrivez.
Il y a de grandes chances qu’ils vous fassent réaliser que les passages que vous estimez « nuls » ont plus de valeur et de style que vous ne le pensiez. Bien sûr, ces avis, s’ils sont honnêtes, mettront aussi le doigt sur ce qu’il y a à améliorer, mais ce sera alors à vous de faire la part des choses selon ce que vous estimez important pour bien transmettre le message de votre roman.
Quant à savoir comment gérer les retours contradictoires de vos bêta-lecteurs, j’en ai fait tout un article que vous pouvez consulter ici.
P.S. : Ce conseil vaut aussi pour un manuscrit que vous avez laissé tomber après un épisode de découragement. Ou alors, laissez passer un certain délai (plus ou moins long selon le traumatisme subi avec le manuscrit en question, ha ha) puis relisez-le tout simplement, sans but particulier. A ce moment-là, il se peut que vous réalisiez (comme bon nombre d’auteurs) que votre obsession était peut-être injustifiée et que votre manuscrit est beaucoup moins affreux que vous ne le pensiez sur le coup, sans être forcément parfait de votre point de vue.
Car en fin de compte, rien ne l’est. Vous ne pourrez pas contenter tout le monde et il se trouvera toujours des gens pour ne pas aimer votre livre quoi que vous fassiez. C’est pourquoi vos critères personnels de réussite de votre roman devraient passer avant la perfection aux yeux du reste du monde.
Voilà, j’espère que cet article vous aura aidé à trouver les moyens d’apprivoiser votre perfectionnisme. Pour aller plus loin, ce super article d’Elodye H. Fredwell donne le ressenti de plusieurs auteurs sur la question et peut vous aider à faire la part des choses sur le perfectionnisme en général.
Bonne réécriture !